L'hivernage des jeunes Testudo hermanni hermanni

(Var, Corse, Sardaigne, Italie)



Les populations françaises appartiennent à deux unités biogéographiques et phylogénétiques distinctes: une unité provençale, dite varoise, morphologiquement affiliée à la population relictuelle de l’Albera, et une population corse, peu différenciée de la population sarde, et vraisemblablement originaire d’Italie péninsulaire.

Selon moi le terme "hibernation" n’est pas approprié à la biologie des tortues, en effet selon sa définition, il correspond à un état d’hypothermie régulée, durant plusieurs jours ou semaines qui permet aux animaux de conserver leur énergie pendant l’hiver, en revanche tous les animaux ne peuvent pas hiberner au réel sens du terme car pour entrer en hypothermie, il faut obligatoirement être homéotherme, hors les reptiles sont ectothermes, poïkilothermes.

Ce qui contredit totalement la définition initiale du terme « hibernation », raison pour laquelle j’utiliserai dans cet article le mot « Brumation » qui est un terme anglais correspondant mieux à l’état de pseudo dormance hivernale des reptiles (J.Keyser).

Selon leur répartition, les Testudo hermani hermani hivernent selon des cycles différents, entendons par là qu’elles n’entreront pas en brumation au même moment. De plus, certaines années toujours selon leur répartition, bien que les nuits pouvant être froide on notera des pics de températures pouvant aller jusqu’à plus de 20°C, ces mêmes populations peuvent donc garder une légère activité et continuent de s’alimenter. 

Notons que la Brumation n’est pas une obligation biologique mais une adaptation physiologique résultant de l’évolution en binôme de l’espèce et de son habitat et plus particulièrement de ses conditions climatiques. Cela dit, cette période de repos et donc d’activité réduite se veut bienfaitrice, en effet elle semble contribuer à une meilleure résistance physique et donc à une plus grande longévité. 


A quel âge faire hiverner T.hermani hermani ?


Souvent nous pouvons entendre dire que dans leur milieu naturel les tortues entrent en brumation dès la première année. Ceci est bien entendu exact, toujours selon la répartition et les températures hivernales pouvant être différentes d’une année à l’autre. On entend également que la pratique consistant à ne pas faire hiverner une tortue la première année est liée à la cupidité des éleveurs voulant obtenir plus rapidement des spécimens prêts à être commercialisés. 

C’est souvent exact dans le cas de la sous espèce des Balkans (Testudo hermani boettgeri) dont l’adaptation physiologique a fortement renforcé son aptitude à résister à de longues périodes « glaciales » et donc à une plus longue période de brumation. Ne pas la faire entrer en brumation dès sa première année serait donc une erreur et on peut en convenir, bien que cela soit discutable, mais nous y reviendront certainement dans un prochain article.

Mais lorsqu’il s’agit de notre sous espèce nationale, il n’en va pas de même ! En effet, peu de tortues arrivent à l’âge adulte, ces pertes ne sont pas forcément toutes liées aux climats, et la prédation par les fouines et de plus en plus par les animaux domestiques introduits par l’homme ou encore par les sangliers de plus en plus nombreux dans certaines répartitions notamment dans les Maures y sont certainement pour beaucoup. Mais selon moi, en captivité, en tant qu’éleveurs passionnés nous ne pouvons pas nous en remettre à la sélection dite « naturelle » et laisser la nature décider de qui doit vivre ou non.
On ne veut pas voir mourir les animaux plus faibles au départ ou inaptes à la brumation, lors par exemple de signe de pathologie quelconque ou de poids insuffisant. Donc, bien que la plupart des éleveurs ne font pas hiverner les spécimens nés dans l’année, on commencera au plus tard l’hiver suivant, lorsqu‘elles auront environ 1 an. 


Préparation


La clé de la réussite d’une bonne brumation consiste en 3 phases d’une durée d’une semaine chacune.

-La première phase consiste à abaisser les températures progressivement jusqu’à la température ambiante de la pièce (18/20°C)  pendant ce temps on veillera à ralentir l’alimentation, on baigne la tortue une fois par semaine afin de la vider mais surtout de  l’hydrater un maximum.

-Pendant la deuxième phase, on la place dans une pièce un peu plus fraîche (10/15°C), à ce moment la tortue a cessé de s’alimenter,  on continue le bain hebdomadaire.

-Vient enfin la troisième phase, on cesse les bains et on place la tortue dans son caisson d’hivernage. Choix de la méthode


La façon la  plus naturelle de faire hiverner une T. hermanni hermanni est sans conteste la brumation extérieure mais cette méthode ne peut être effectuée sans risque que si on vit dans le sud de la France, ce qui n’est pas souvent pas le cas. 

Nous allons donc développer la méthode la plus appropriée pour une brumation en milieu contrôlé. La brumation en milieu contrôlé est très simple et consiste à faire passer cette période dans un garage, une grange, une cave ou tout autre endroit où la température sera comprise entre 5 et 10°C.


Préparation du caisson d’hivernage


La méthode la plus répandue en captivité consiste à utiliser une caisse en bois dont le couvercle amovible est percé de plusieurs rangées de trous servant à l’aération et à empêcher toute prédation lorsque la boite sera fermée.
Autour de cette caisse en bois, on assemble des morceaux de polystyrène pour former un caisson isolant sans couvercle.

Il est temps de préparer le substrat d’hivernage qui sera composé d’une épaisse couche de terreau équivalente à 3 fois la longueur de la tortue. On attend tranquillement que la tortue commence à s’y enfouir.
On vient ensuite ajouter un épais lit de feuilles mortes à raison d’une vingtaine de cm au minimum. On peut à présent refermer le couvercle en bois préalablement percé.
Beaucoup d’éleveurs ne trouvent pas utile de proposer à boire à leurs tortues durant cette phase délicate mais pour plus de précaution il est préférable de laisser une gamelle d’eau posée sur le substrat avant de le recouvrir de feuilles mortes.

Durée de brumation préconisée selon l’âge et que nous avons adoptée dans notre élevage :

La 1 ère brumation a une durée de 4 à 6 semaines s’étendant de février à mars
La 2ème brumation a une durée de 8 à 10 semaines de mi-janvierà fin mars
La 3 ème brumation aura quand à elle une durée équivalente à celle des adultes, c'est-à-dire de mi-novembre à mi-mars. 

Références : Chelazzi et Francisci (1979,1980), Swingland (1985), Swingland et Stubbs (1985), Swingland et al.(1986), Chelazzi et Carla (1986), Chelazzi et Delfino (1986), Hailey (1989), Cheylan (1981,2001), Calzolai et Chelazzi (1991), Rengifo (1991), Jacobsen et al. (1991), Woodford et Rossiter (1993), Collins (1993), Moutou (1994), Blahak et Biermann (1995), Guyot (1996), Longepierre (1996), Nougarède (1998), Madec (1995, 1999), Delvaux (2005) Bertolero et al. (2007), Gagno (2009).